Après quatre années d’habituelles vicissitudes, de recherches d’appuis et de financements, de doutes aussi sur la faisabilité des choses, le chantier de la réhabilitation de l’ancienne école d’aviation est engagé en mai 2004. L’équipe de maîtrise d’oeuvre, après consultation ouverte et audition, est retenue le 28 janvier 2002, Maxime KETOFF en est l’architecte mandataire.
Avec ce chantier, durant treize mois, le lent et progressif retour à la vie de l’ancienne école d’aviation va être une aventure passionnante. On commence par le grand nettoyage et le déblaiement d’un bâtiment englué par tant d’abandon. Plusieurs semi-remorques y suffiront en déplaçant les marques de la résignation vers une décharge de la région de Vihiers. Alors vient celui de l’orthopédie, chaque poutrelle étant savamment inspectée et traitée suivant le niveau du mal, de la potion chimique à l’emplâtre ou à l’attelle de carbone. C’est le squelette qu’on répare d’abord en redonnant fierté à un ensemble qui, de nouveau, toujours fragile, semble se tenir debout. Le déblaiement a d’autre part laissé réapparaître les sols, mosaïques savamment mises en oeuvre par Isodore ODORICO et dont la conservation, lorsqu’elle est possible, rapidement s’impose. Au-delà de sa conception initiale, le chantier guide ainsi le projet comme une oeuvre qu’on construit sur le tas, au gré des découvertes qui ne sont pas toutes des surprises.
Maxime KETOFF pilote ces évolutions avec talent, même si le maître d’ouvrage
agace avec l’atermoiement récurrent de ses exigences. Au bout du compte, le tandem s’avèrera performant et les tensions induites par des appropriations croisées sauront produire de l’imagination et de l’intelligence. Ainsi, par exemple, de cette cage d’escalier dont l’ouverture discutée donnera le bonheur de perspectives et d’un rapport intérieur/extérieur inédit. Ainsi encore de la fermeture du hall central que les contraintes économiques contraignent à ne pas être exécutée. Si l’architecture
est un combat et qu’un arsenal s’oppose à elle à coup de normes et de rigueurs budgétaires, la réhabilitation de la Compagnie Française d’Aviation (C.F.A.) aura toutefois largement échappé à cette règle, grâce à son architecte et à la simplicité d’un projet qui naturellement s’impose. On le doit aussi à l’efficacité de l’ensemble d’une équipe de maîtrise d’oeuvre - et notamment de son économiste - et à la compétence des entreprises qui semblent avoir mené leurs travaux avec la conviction de contribuer à une renaissance. Tout cela y a concouru.
Bruno LETELLIER, directeur du CAUE de Maine-et-Loire
Extrait de la revue IMAGO n°31, La renaissance d’un vaisseau fantôme, octobre 2005
UNE RÉSURRECTION ARCHITECTURALE : LA MAISON DE L’ARCHITECTURE, DES TERRITOIRES ET DU PAYSAGE
Esthétique du neuf ou esthétique de l’occasion ?
Deux approches coexistent sur la manière d’adapter un édifice à une nouvelle vocation. La première consiste à remettre à neuf le bâtiment, à accuser ainsi le contraste entre l’expressivité historique d’un extérieur signifiant et la modernité confortable d’un intérieur parfois décalé dans ses volumes mais conforme aux normes de la technique et de la représentation sociale usuelle. Telle est la démarche de Reichen et Robert, les deux architectes français faisant référence en matière de reconversion. La seconde laisse subsister les traces de l’usage antérieur dans une esthétique du précaire « étudié », du transitoire « élaboré », de la paupérisation « sophistiquée », approche familière pour les Nantais qui fréquentent le Lieu Unique imaginé par Patrick Bouchain, architecte qui a également signé La Condition Publique à Roubaix.
C’est la première approche qui prévaut dans la reconversion de l’ancienne école d’aviation d’Avrillé, travaux confiés à la suite d’un appel à candidatures à Maxime Ketoff. Cet architecte est l’auteur du musée consacré au sculpteur Jules Desbois, installé dans d’anciens locaux commerciaux du centre de Parçay-les-Pins, un petit village sarthois. Il est également le scénographe de la rétrospective Niki de Saint-Phalle, exposition inaugurale du musée des Beaux Arts d’Angers rénové.
Une démarche encore plus exigeante
L’incontestable qualité du résultat de cette reconversion ne doit pas masquer le fait que rien n’était acquis a priori.
Il fallait tout d’abord savoir identifier sous la ruine l’équilibre de la composition des masses, l’élégance d’une écriture et le rattachement à un courant esthétique, évaluer la qualité d’une structure et le potentiel des espaces. Bien que paraissant évidente lorsque le bâtiment réhabilité retrouve ses proportions, son vocabulaire et ses qualités spatiales, une telle attitude est exceptionnelle devant un édifice réduit à un misérable squelette. D’autant que nombre d’élus, d’acteurs culturels institutionnels et de professionnels du cadre de vie, architectes compris, paraissent peu sensibles à la notion de patrimoine du xxe siècle.
Sinon, comment expliquer que de fermeture en abandon, d’effractions en vols, de dégradations en mutilations, de tels immeubles agonissent dans l’indifférence ? Le parallèle avec l’actuelle ruine de la villa Cavroie, la plus aboutie des grandes demeures conçues par Robert Mallet-Stevens, est dramatiquement évident.
Il fallait ensuite savoir formuler un programme adapté à la capacité d’accueil de l’édifice. Les besoins du CAUE du Maine-et-Loire correspondant seulement aux trois quarts de la surface potentiellement disponible, d’autres institutions et associations présentant des centres d’intérêt et d’action connexes mais n’ayant besoin que de petites surfaces ont été sollicitées : Union régionale des Conseils d’architecture, d’environnement et d’urbanisme, Pôle atlantique de formation continue des métiers du cadre de vie, PACT Anjou habitat et développement, association Alisée, délégation départementale de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa), antenne de la Société d’équipement du Maine-et-Loire (Sodemel).
Ce montage institutionnel réalisé, il fallait bâtir le montage financier, ce type de projet ne pouvant aujourd’hui s’envisager sans mobiliser des fonds propres et recueillir des subventions des instances départementales, régionales, ministérielles et européennes.
Trois ans de préparation et un an d’ultimes démarches partiellement concomitantes aux treize mois de chantier : les chiffres disent la complexité du montage des volets institutionnel, financier, administratif et technique d’un tel projet.
Pas de réussite sans de multiples questionnements
Sur le plan fonctionnel, le résultat est probant : un ensemble accueil, bureaux de direction, documentation au rez-de-chaussée de l’aile droite, trois bureaux cloisonnés et un vaste plateau de travail ouvert pour les chargés de dossiers à l’étage de cette même aile ; une salle d’expositions, de projection et de conférences-débats convenablement dimensionnée au rez-de-chaussée de l’aile gauche, surmontée des différents bureaux des partenaires.
Le fait que le maître d’ouvrage soit une structure réunissant des architectes a sans doute contribué à la simplicité convaincante du résultat final. Mais, sous cet aboutissement maîtrisé résonne encore l’écho des questionnements - inhérents à ce type d’opération - surgis à partir de l’évaluation technique initiale. Que faire du vide central monumental ? Le laisser en l’état, le fermer totalement par un vitrage toute hauteur ? Fallait-il restaurer ou supprimer les revêtements de sol en céramique ? Comment traiter les baies vitrées dont plus aucune ne subsistait ? Les refaire à l’identique à partir de photographies d’époque ? Créer un modèle original dans l’esprit de l’architecture de ces années-là ? Comment cloisonner les espaces intérieurs tout en maintenant la transparence des lieux, les vues et l’aspect monumental des volumes ?
D’une vie à l’autre : un parcours réussi
Ce permanent passage d’une approche globale à une vision du détail nous permet aujourd’hui de parcourir un bâtiment intérieurement très réussi avec ses circulations rejetées en façade est, ses espaces de travail et d’expositions placés en façade ouest, ses espaces d’accueil et de détente généreux, ses grandes fentes vitrées intérieures, ses amples perspectives, son open space spacieux, sa palette habilement colorée, ses vues sur les curiosités ambiantes permanente (le groupe de châteaux d’eau) ou temporaires (les chantiers du contournement autoroutier d’Angers et du Parc du végétal) et ses dégagements panoramiques sur le centre ville et les extensions de l’agglomération.
Une bâtisse ruinée est ainsi devenue un véritable témoignage de ce que peut apporter une reconversion attentive et le troisième édifice régional emblématique de la réutilisation d’un bâtiment pour une autre fonction que celle qu’il assurait à sa création.
Dominique AMOUROUX, critique d’architecture
Extrait de la revue 303 Arts, Recherches et Créations n°88, 3e trimestre 2005.

































